Eric Van Rompuy, My last five years

Paasinterview in Le Soir

03Apr10

Dit paasweekend heb ik een interview in LE SOIR:

            ERIC LE MILITANT FLAMAND RADICAL DE LA TRIBU VAN ROMPUY

Eternelle mouche du coche du CD&V, tombeur d’un gouvernement Tindemans et adversaire acharné du premier gouvernement Martens (1979), qui fera long feu, Eric Van Rompuy, moins célèbre que Herman, n’a pas la prudence de Sioux de son frère. Mais ils ont en commun le sens aigu de la tribu.

Vous êtes indissociables ?

EVR: Depuis qu’il occupe ses fonctions européennes, nous nous voyons plus rarement encore que lorsqu’il était chef du gouvernement. Entre Herman et moi, on n’a jamais cessé de parler politique. Toute notre vie a tourné autour de ce thème. Quand j’avais 12 ans, je devais déjà lui faire réciter le nom de tous les présidents américains. Dans le bon ordre chronologique. Moi, je suis économiste de formation. J’ai réalisé ma thèse sur l’intégration monétaire en Europe. Mais mon histoire et celle du pays ont orienté mon combat politique vers des thèmes plus communautaires. Et je constate que je suis perçu par les francophones comme le Flamand intransigeant, arrogant, obtus. Le Van Rompuy radical.

Vous niez ?

EVR: Je ne comprends pas. Quand je passe mes vacances en famille dans les Ardennes, à Herbeumont, je m’exprime en français. Un Flamand qui s’établit en Wallonie parlera naturellement le français. Pas les francophones qui, lorsqu’ils se rendent à la côte belge, estiment normal qu’on leur adresse la parole dans leur langue. Quand ils s’établissent dans la périphérie flamande, ils considèrent que tout le monde est censé la parler. Dans ma commune de Zaventem, tous les Flamands me disent bonjour dans la rue. Les francophones ? Ils me connaissent mais la plupart m’ignorent. Francophones et Flamands vivent dans ma commune et dans celles de la périphérie flamande des existences sociales complètement séparées. De nombreux francophones inscrivent leurs enfants dans des écoles néerlandophones à Bruxelles et puis votent, ici, en faveur de partis francophones. Comme s’ils vivaient dans un pays qu’ils n’acceptent pas…

Votre épouse est francophone…

EVR: Non, bruxelloise. Ses parents habitaient Molenbeek et ont pris le statut de francophones. Ses grands-parents parlaient le « brusseleir ». Viviane a étudié les langues germaniques à l’ULB et respecte autant le français que le néerlandais. Mais nous habitons en Flandre dont la langue officielle de l’administration est le néerlandais.

Revenons sur la périphérie. Elle a fait de vous un héros de la cause flamande, il y a plus de trente ans…

EVR: C’était en 1977. L’année du mariage de Herman et de Geertruy. Il était alors conseiller de Léo Tindemans, Premier ministre. Herman comme moi avons milité parmi les CVP Jongeren, dont tous les manifestes prônaient davantage d’autonomie pour les Régions. Les jeunes CVP, c’était la conscience du parti. En octobre, je me suis porté candidat à la présidence. Elu, mon discours d’investiture allait faire voler en éclats le Pacte d’Egmont, une avancée communautaire inacceptable pour la Flandre. L’opposition des jeunes allait créer un schisme au sein du CVP. L’accord proposait aux francophones des six communes à facilités et de sept communes flamandes dont la mienne, de Woluwe-Saint-Etienne (dites Sint-Stevens Woluwe) des droits d’inscription dans une commune bruxelloise. C’était inacceptable. Antoinette Spaak, présidente du FDF, huée à chaque congrès des jeunes – qui entonnaient « Antoinette, niet ! » – a écrit une lettre à Tindemans, devenu en 1979 président du CVP sous le premier gouvernement Martens : elle le priait de me faire taire. J’avais osé déclarer que le gouvernement devait se débarrasser du FDF. Tindemans n’a pas cédé. Et le premier gouvernement Martens a fini par tomber à son tour. Mme Spaak a toujours manifesté une certaine admiration pour mon frère. Mais ne lui parlez pas de moi : elle m’en veut toujours…

Pourquoi ce combat ?

EVR: Ma famille s’est établie en 1949 à Woluwe-Saint-Etienne (dites Sint-Stevens Woluwe) située sur la frontière linguistique. En 1931, elle comptait 5 % de francophones et avait été rattachée à la Flandre. Depuis la fusion, elle fait partie de Zaventem. Unilingue et sans facilités. Deux ans avant notre arrivée, il y eut un recensement linguistique. S’il révélait que le nombre de francophones était supérieur à 30 % dans une commune, elle retournait à la région bruxelloise. Ce fut le cas d’Evere, de Ganshoren et de Berchem. Depuis, on a fixé la frontière linguistique de 1963 : ce principe de territorialité doit être accepté…

Au risque de voir s’étendre la tâche d’huile francophone ?

EVR: Lors de l’élection du conseil de l’Agglomération, en 1971, le FDF a remporté la majorité des sièges. Bruxelles devenait une ville dominée par la francophonie : c’était la période de gloire des bourgmestres FDF : les Outers, Defosset, Lagasse, Persoons, Serge Moureaux… Ils avaient tous l’ambition de conquérir la périphérie. La francisation de Crainhem, Wezembeek s’est accélérée. A Dilbeek, à Zaventem, les francophones se sont installés, de plus en plus nombreux. Nous avons toujours considéré que ce combat en faveur du caractère flamand de la périphérie était capital.

Nous ?

EVR: Oui. Toute une génération d’hommes politiques flamands. Jean-Luc Dehaene s’est aussi opposé au pacte d’Egmont. Comme mon frère. Beaucoup de Flamands ont réalisé qu’ils avaient trop concédé : la francisation de la périphérie se développait beaucoup plus vite dans les communes à facilités que dans celles où elles n’existaient pas. Faire exploser la frontière linguistique, c’est faire exploser la Belgique.

Vous approuvez la décision prise cette semaine par Geert Bourgeois, le ministre N-VA de l’Intérieur, de ne pas nommer les trois bourgmestres de la périphérie bruxelloise…

EVR: Tout le gouvernement flamand approuve cette décision…

Son timing aussi ?

EVR: Il est plus discutable. Cette décision n’avait aucun caractère d’urgence. Marino Keulen, auquel Geert Bourgeois a succédé, avait procédé de la même manière en novembre 2008 au moment du démarrage des négociations de communauté à communauté. A l’époque, Olivier Maingain, encore lui, avait utilisé ce prétexte pour faire capoter le dialogue institutionnel. Le moment choisi par Geert Bourgeois, c’est évidemment du pain bénit pour lui : le FDF ne veut pas de négociations sur la scission de BHV. On assiste aujourd’hui au même scénario. Geert Bourgeois et la N-VA ne veulent pas, eux non plus, de négociations. Et le FDF ne veut pas de scission. Ce sont des « alliés objectifs », tous deux en faveur du statu quo. Sur le timing, le CD&V n’est pas sur la même longueur d’onde.

Mais sur le fond ?

EVR:  Que les francophones ne se fassent aucune illusion : tant que ces bourgmestres ne respecteront pas les décrets et les circulaires flamands, ils ne seront pas nommés.

Lorsque le président du FDF qualifie ces pratiques de « dignes de l’Occupation allemande (…) où l’on désignait les bourgmestres parce qu’ils étaient les alliés de l’occupant »…

EVR: C’est inacceptable. J’ai constaté qu’Elio Di Rupo, Philippe Moureaux et Joëlle Milquet ont d’ailleurs réagi de la même manière. Ce type de propos est indigne d’un homme politique. J’étais un jour invité, voici plusieurs années, à un débat avec Olivier Maingain. J’avais comparé l’annexion des six communes à facilités à Bruxelles à un « Anschluss ». Mes propos ne référaient ni à la guerre ni à la période nazie. Mais je me suis excusé. C’était un lapsus, un pont trop loin. Philippe Moureaux aussi a un jour traité Luc Van de Brande, ministre-président flamand à l’époque de « Gauleiter » – terme désignant le chef d’une branche régionale du parti nazi. En précisant ensuite que c’était ironique et qu’il n’avait pas eu la moindre intention de blesser. Il y a des mots qui peuvent vous échapper… Mais ici, Maingain les a répétés, persiste et signe. Avec agressivité. Il veut pourrir le climat, rien de plus, histoire d’organiser des élections législatives sans la scission de BHV. Pour lui et le FDF, ce serait une victoire éclatante. Et le rêve de Bart De Wever, le président de la N-VA, ce sont des élections anticipées, sans réforme de l’Etat. Il en recueillerait les fruits électoraux. D’où la sortie de Geert Bourgeois.

Vous avez été mis au courant ?

EVR: Ni moi ni le groupe CD&V du Parlement flamand…
                    N’y voyez donc pas une manoeuvre de mon parti.

Jean-Luc Dehaene a-t-il encore une chance de réussir, après ces nouvelles turbulences communautaires ?

EVR: Une partie de la réponse dépendra du MR : Reynders suivra-t-il Maingain ou non ? Mais la solution paraît de plus en plus difficile. La semaine qui vient de s’écouler a en tout cas été désastreuse pour le climat communautaire.

Vous êtes abonné au « Gordel », cette promenade autour de Bruxelles qui veut réaffirmer le caractère flamand de la périphérie ?

EVR: Je fêterai mon trentième cette année…

En arrachant les autocollants que les belgicains apposent sur le parcours ?

EVR:: ils doivent savoir qu’ils sont en territoire flamand, c’est tout…

On vous sent libéré depuis que votre frère a quitté la scène nationale.

EVR: Quand Herman est devenu Premier, la presse a souvent mis dans sa bouche certaines de mes déclarations. Alors, c’est vrai, je me suis imposé un devoir de réserve. Mon rôle était secondaire par rapport à sa fonction. Je n’allais pas tout de même lui créer des problèmes.

Il a été près de quitter la politique…

EVR: En 2003, lors de la défaite du CVP, la perspective d’un retour au pouvoir semblait si éloignée. Herman ne se sentait plus vraiment chez lui au sein du parti où une nouvelle génération se mettait en place. Martens était parti, Dehaene aussi. Il était le dernier de cette génération et avait perdu sa motivation. Je l’ai un peu « reboosté » mais, intellectuellement, il n’a jamais vraiment abandonné la politique. Mais je n’aurais pas imaginé un tel retour. Il a le sens de l’écoute, l’art de l’analyse et de la synthèse. Moi, j’ai une autre personnalité, j’ai assumé d’autres rôles. Je suis un militant.

Dirk Vanoverbeke LE SOIR 3-4 april 2010

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