La périphérie
14May11
In LE VIF l’Express verscheen dit weekend een artikel over la périphérie. “Tout ce qu’on ne vous a jamais dit”. Hierin word ik uitvoerig geciteerd over hetgeen ik en enkele collega’s hierover heb gezegd in een debat in de Commissie voor Brussel en de Vlaamse Rand in het Vlaams Parlement. Le Vif poogt in zijn artikel te bewijzen dat “la déflamandisation”( de ontnederlandsing”) onomkeerbaar is en met de jaren versnelt. “Les Flamands ont déjà perdu la périphérie” is de conclusie van de auteur Pierre Havaux.
Comment la Flandre perd sa périphérie
Bruxelles, métropole multiculturelle et bombe démographique en puissance, aura le dernier mot en périphérie. La déflamandisation accélérée force la Flandre à revoir son manuel de survie : le bourgeois francophone n’est plus son pire cauchemar. Lui ôter les facilités ou même scinder BHV n’y changera pas grand-chose.
Le projet ne manque pas de toupet. Les députés régionaux flamands n’apprécient que modérément ce qui n’a pourtant rien d’une plaisanterie. Encore moins d’un énième coup bas de francophones provocateurs. Quelle mouche a bien pu piquer le Voka ? L’organisation patronale très flamande se met en tête d’ouvrir en périphérie flamande un guichet capable d’accueillir… en anglais les investisseurs étrangers. Sympa et pratique : l’homme d’affaires éviterait d’avoir à se plier à l’usage du néerlandais qu’exigent des autorités locales particulièrement chatouilleuses sur la question. Business, business : l’argent n’a pas d’odeur, pas même celle du Flamand. Sauf que la courtoisie linguistique a ses limites : avec tout le mal que la Flandre se donne pour maintenir un cachet flamand à son territoire en bordure de Bruxelles…
Absurde, n’est-il pas ? Le député régional Eric Van Rompuy (CD&V), échevin au long cours à Zaventem, a eu tôt fait de carboniser l’idée. « Il n’est jamais arrivé que le CEO de l’une ou l’autre grosse entreprise se présente en personne à la commune et pose ses questions en anglais. Ce n’est pas comme cela que ça se passe. Ce sont des architectes ou des intermédiaires locaux qui gèrent le dossier d’investissement au niveau communal. Le Voka et son projet de guichet donnent l’impression qu’il existe un problème là où il n’y en a pas. J’ai bien plus de difficultés avec l’Arménien de Zaventem qui veut installer une véranda et s’adresse à la commune, plein de bonne volonté, qu’avec une société comme Toyota qui a besoin d’un permis d’environnement. » Ministre de tutelle de la périphérie flamande, le N-VA Geert Bourgeois a vigoureusement opiné du bonnet. Une pointe de contrariété dans la voix : « Nous ne pouvons empêcher le Voka de promouvoir davantage Bruxelles et le projet Brussels Metropolitan. » Mais de là à cautionner une exception à la règle : très mauvais signal…
Il ne manquait plus que ça. Si même le Voka se met à saper les fondations de la fragile digue érigée pour contrer la marée montante. Décidément, le « Vlaamse Rand » donne du fil à retordre au monde politique flamand. Qui doit même user d’un mot bizarroïde pour qualifier le mal qui le ronge : « ontnederlandsing », « dénéerlandisation ». Faut dire que ça déménage, en périphérie flamande ! Geert Bourgeois en attraperait presque le tournis, lorsqu’il fait rapport aux parlementaires : « On observe un apport net, en périphérie flamande, de Bruxellois francophones, dans la trentaine et diplômés en français, ainsi que d’étrangers. Et une sortie nette de Flamands vers le Brabant flamand et le reste de la Flandre : essentiellement des gens dans la vingtaine et diplômés en néerlandais. » Bref, le va-et-vient ne fait pas l’affaire de la cause flamande.
Décourageant, au bout d’années d’efforts. La Flandre investit gros pour préserver le caractère flamand de son sol : désignation d’un ministre coordinateur ; fondation d’une ASBL et d’une task force « De Rand » ; circulaires administratives Peeters, Martens et autres Keulen ; une centaine d’initiatives en tout genre, subsidiées chaque année à coups de millions d’euros. 4,3 millions d’euroseuro versés à l’ASBL « De Rand » en 2011 ; 10 millions d’euros dégagés pour Vlabinvest, un bras financier créé pour capter en périphérie des jeunes familles flamandes dans des logements à des prix abordables ; autre gros coup de pouce venu de la province du Brabant flamand, qui consacre au Rand flamand près de 700 000 euros par an.
Rien n’est trop beau pour le Vlaamse Rand. Mais la lutte paraît bien inégale pour inverser la tendance lourde. Irréversible, selon tous les indicateurs (voir l’encadré ci-contre) La déflamandisation de la périphérie est en marche, elle déborde des 19 communes qui y sont officiellement recensées, pour gagner l’ensemble des arrondissements de Hal-Vilvorde et de Louvain. Geert Bourgeois en détecte des traces bien visibles jusqu’Alost, Denderleeuw. Et même La Panne, qui appelle les experts du Vlaamse Rand à la rescousse ! « La situation est sérieuse », admet le ministre. Elle force la Flandre à réviser son manuel de survie. A revoir ses réflexes d’autodéfense.
Sus aux francophones, ces empêcheurs de flamandiser en rond ? « Ce combat est dépassé. Il ne s’agit plus de francisation, mais d’internationalisation », soupire Luckas Vander Taelen. Ce député régional Groen ! invite à tourner la page, sans plus tarder. « Je n’éprouve aucune sympathie pour ces fransquillons arrogants qui se sont installés en périphérie dans les années 1960-1970 et qui n’ont jamais eu que mépris pour la langue locale. Mais le danger de la dénéerlandisation de la périphérie provient de plus en plus de la migration multiple qui part de Bruxelles vers la périphérie, en Flandre et en Wallonie. » Bruxelles, épicentre d’un séisme qui secoue le nord du pays. Bruxelles, « cet éléphant dans le magasin de porcelaine », dixit Vander Taelen, qui est promise à une explosion de sa population multiculturelle : 200 000 habitants de plus sont attendus en moins de dix ans. Déjà, les territoires flamands les plus proches n’en sortent plus indemnes. « Il n’est plus minuit moins cinq, il est passé minuit pour gérer cette bombe démographique », s’inquiète le député Groen !. « La donne change dramatiquement, spectaculairement. » Non sans occasionner des dégâts collatéraux qui ne facilitent pas l’osmose.
Panique au village. « La problématique de la capitale ne cesse de se déplacer vers la périphérie. A Zaventem, la population a le sentiment de devenir un nouveau Schaerbeek, Evere ou Haren. » En trente ans d’échevinat à l’Urbanisme, Eric Van Rompuy (CD&V) a pu mesurer la métamorphose du biotope flamand, et s’en ouvre régulièrement à ses collègues parlementaires. « Les jeunes familles ne restent plus en périphérie, beaucoup d’entre elles déménagent vers Louvain ou Alost. Les habitations libérées sont occupées par des gens qui viennent de la Région bruxelloise. » Chaque année, Zaventem encaisse ainsi un apport net de 500 non-néerlandophones, Vilvorde en est à 600. « Le solde migratoire externe des deux communes a quadruplé en huit ans. Le phénomène est étonnamment rapide. » Il est déstabilisant pour la population locale. Qui prend souvent peur face à l’inconnu. Surtout quand il change de visage. « Nous connaissons ces dix dernières années une affluence croissante d’allochtones dans les communes de la périphérie, elle est visible notamment dans les quartiers d’habitations sociales. Il s’agit surtout de migrants de la deuxième et troisième génération, qui sont souvent belges, disposent de bons revenus et achètent massivement des maisons. » Eric Van Rompuy veut positiver. Il croit à l’énorme potentiel de ces migrants « qui savent qu’ils habitent en Flandre, qui veulent s’intégrer, qui s’inscrivent dans des clubs sportifs et dans toutes sortes d’associations ». L’échevin prend souvent à témoin ces 150 familles d’Araméniens, des Turcs chrétiens, concentrées à Zaventem : « Elles ne sont pas le moteur de la francisation. » Et ça, ça n’a pas de prix pour un Flamand de la périphérie. « Ce ne sont pas des enfants de Maingain… »
Un gisement aussi prometteur ne demanderait qu’à être exploité. Grosse déception : « Pas d’offre, pas de politique », s’irrite Van Rompuy. Pour défendre la culture néerlandophone, des instruments d’un autre âge, qui remontent aux années 1990. Ce jour-là, en commission parlementaire, le député-échevin CD&V en jette un échantillon à la face du ministre Bourgeois : « Chaque année à Zaventem, toute la communauté internationale, entre autres des Allemands, des Américains et des Japonais, est invitée à prendre l’apéro : c’est totalement dépassé. Une politique d’accueil ne peut se limiter à une soirée-sangria. Il faut devenir professionnel. » Enseignement, politique immobilière, intégration : passer à la vitesse supérieure suppose d’abord des remises en question. Et des obsessions à abandonner.
«Les révolutions mentales ont leurs limites. Celles de la réalité politique et des calculs électoraux. « Ils empoisonnent tout. Tant du côté francophone que flamand, certains politiques font de l’absence de solution leur fonds de commerce électoral. Bien sûr que les facilités linguistiques ne remettent pas en cause le caractère flamand de la périphérie ! Bien sûr que scinder BHV ne changera rien à l’évolution sociologique ! Même s’il faut cette scission : il faut pouvoir finir des combats symboliques », confie Vander Taelen. Eric Van Rompuy n’en démord pas : « Scinder BHV, c’est le signal nécessaire pour couper toute aspiration francophone à créer des zones liées à Bruxelles. »
« Dilbeek, waar Vlamingen thuis zijn ». Placardé à l’entrée de la commune en guise de mot de bienvenue, le slogan a fait longtemps fureur dans ce fief flamingant de la périphérie. Tout passe, tout casse, tout lasse. « C’était une réponse aux problèmes des années 1970. Officiellement, nous ne l’employons plus depuis les années 1990. De telles actions sont encore difficilement faisables en périphérie. La dénéerlandisation n’est plus liée à des francophones têtus mais au caractère international d’un nombre croissant de non-néerlandophones. Ce qui demande une tout autre approche », vient de confier le député-échevin de Dilbeek, le N-VA Willy Segers, à la revue de son parti. Lucidité douloureuse.
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LE VIF Pierre Havaux 14 mei 2010